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Musique

ANDRÉ DEJEAN, YON MAPOU KI TRAVÈSE...

André Dejean, une figure marquante du patrimoine musical haïtien, laisse derrière lui une œuvre dont l’écho continuera de traverser les générations. À travers sa trompette et son interprétation singulière, le Maestro a contribué à donner au Compas une couleur reconnaissable, marquée par la sensibilité et l’émotion. Son œuvre, notamment à travers « Marina », témoigne d’un artiste capable de transformer les notes en véritables expressions de l’âme. Si sa disparition marque la fin d’une présence, sa musique et son héritage demeurent vivants dans la mémoire des mélomanes et dans la culture haïtienne.

Robert Févry · 16 septembre 2026

Révisé par : Lakay group

ANDRÉ DEJEAN, YON MAPOU KI TRAVÈSE...
ANDRÉ DEJEAN, YON MAPOU KI TRAVÈSE... Il est des départs qui ressemblent moins à une disparition qu’à un passage. Car certaines vies ne se mesurent ni au nombre des années, ni au temps passé parmi nous. Elles se mesurent à la trace laissée dans les consciences, à l’émotion semée dans les cœurs, à cette petite part d’éternité qu’une œuvre réussit parfois à arracher au temps. André Dejean était de ces êtres-là. Une étincelle. Mais une étincelle assez vive pour entretenir la flamme de toute une musique. Par son originalité, sa sensibilité et cette façon si particulière de faire parler sa trompette, le Maestro Dejean a contribué à donner au Compas une couleur qui portait sa signature. Il aura traversé les générations sans jamais devenir étranger à aucune d’elles. Entre les époques, les styles et les sensibilités, sa trompette semblait posséder une clé que peu d’artistes détiennent : celle qui ouvre les portes du cœur sans avoir besoin de demander la permission. Il ne jouait pas seulement des notes. Il leur donnait une âme. Sous son souffle, le cuivre cessait presque d’être un instrument. Il devenait une voix. Une confidence. Parfois une plainte. Parfois une caresse. Toujours une émotion. Et puis, il y a « Marina ». Une œuvre qui demeure comme l’une des expressions du génie artistique de ce trompettiste capable d’exposer son âme avec une pudeur bouleversante à l’écoute des mélomanes de tous horizons. Dans « Marina », on n’entend pas seulement André Dejean jouer. On l’entend ressentir. C’est peut-être là que réside le mystère des grands artistes : ils finissent par disparaître physiquement, mais quelque chose d’eux refuse obstinément de mourir. André Dejean était, à lui seul, une page importante du patrimoine musical haïtien. Aujourd’hui, le Maestro s’en va. La trompette se tait entre ses mains, mais son écho, lui, continue son voyage. Il vivra dans une mélodie entendue au détour d’un souvenir. Dans quelques notes capables de réveiller une époque. Dans la mémoire d’un mélomane qui fermera les yeux pour mieux écouter. Dans le cœur d’une génération qui transmettra son œuvre à la suivante. Voilà peut-être la revanche de l’art sur la mort. La mort peut emporter l’homme. Elle ne possède pas nécessairement son œuvre. Va, Maestro. Repose en paix. Tu es parti, certes, mais ton œuvre demeure exposée dans le plus sacré des musées : celui de nos mémoires et de nos cœurs. Et tant qu’une trompette fera renaître ton souvenir, tant qu’une mélodie portera encore quelque chose de ton souffle, tu ne seras jamais entièrement absent. Yon Mapou tonbe. Men rasin li rete vivan nan tè memwa nou. Vivons pour une cause. Et lorsque vient l’heure de partir, laissons derrière nous quelque chose qui rende notre passage digne d’avoir existé. Repose en paix, Maestro André Dejean. Ton souffle s’est arrêté. Ta musique, elle, continue. Robert Févry
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